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Girona Groupe de travail : Médiation A Médiation faite par les structures communautaires issues de l'immigration Animation du groupe de travail : Carlos Pereira et Sylvie Crespo Coordination des collectivités portugaises de France (CCPF) Texte d'introduction Dans plusieurs cas, les actions de médiation sont mises en
place par les structures communautaires issues de l’immigration,
notamment par des associations qui, parfois, au départ n’avaient
pas vraiment cette priorité. Parfois, ces associations vont jusqu’à embaucher des médiateurs,
presque toujours recrutés au sein même de la communauté en question.
D’une part parce que c’est le réseau communautaire qui permet
de connaître les personnes répondant aux exigences du métier,
d’autre part parce qu’il est certainement plus facile à un membre
de la communauté de dialoguer avec ses compatriotes. Nous nous proposons de connaître les expériences de chacun
de nos invités dans ce domaine. Quelles sont les structures qu’ils
représentent ? Que font-ils exactement ? Quel type de
médiation ? Avec quel financement ? Quelles formations
ont-ils ? Comment sont-ils reconnus au sein même de la communauté ?
Ce sont des questions auxquelles nous essayerons de répondre. Quelles avantages ou inconvénients ont ces médiateurs par rapport
à ceux travaillant pour les structures créées par des citoyens
du pays d’accueil qui font aussi de la médiation, parfois pour
les mêmes communautés ? Quelles sont les stratégies de médiation
nécessaires ? Nous voulons aboutir sur des propositions concrètes.
Quels points communs entre les différents pays ? Quelle transversalité
européenne ? Nous travaillerons donc en trois temps : Présentation des participants au groupe de travail et de leurs
structures respectives. Brève introduction au thème. Présentation des pratiques de chaque participant. Questions
et réponses. Echanges d’expériences et de réflexions. Perspectives d’avenir et propositions concrètes. Liste des participants Nom :
Carlos Pereira Fonction
:
Directeur Organisation : Coordination des collectivités portugaises
de France (CCPF) Paris - France Adresse :
156, rue de Ménilmontant - 75020 Paris Téléphone :
+ 33.1.44.62.05.04 Fax :
+ 33.1.44.62.08.05 E-mail :
Ccpf1@aol.com Nom :
Sylvie Crespo Fonction
:
Animatrice socioculturelle Organisation : Coordination des collectivités portugaises
de France (CCPF) Paris - France Adresse :
156, rue de Ménilmontant - 75020 Paris Téléphone :
+ 33.1.44.62.05.04 Fax :
+ 33.1.44.62.08.05 E-mail :
Ccpf1@aol.com Nom :
Turkan Kaya Fonction
:
Médiatrice scolaire Organisation : Association des Travailleurs de Turquie Paris - France Adresse :
35, boulevard de Strasbourg - 75010 Paris Téléphone :
+ 33.1.42.46.59.70 Fax :
+ 33.1.48.00.09.01 E-mail :
attf@ifrance.com Nom :
Hadiatou Diawara Fonction
:
Médiateur socio-culturel Organisme
: Association
Boulienne pour le Développement et l’Insertion ABDI Aubervilliers - France Adresse :
56, rue des Fillettes - 93300 Aubervilliers Téléphone :
+ 33.1.43.52.16.26 Nom :
Omar Bergallou Fonction
:
Formateur Organisation : CEFA-UO (Centre Espagnol de Formation
Universitaire) Bruxelles - Belgique Adresse :
323, chee de Neerstalle - B - 1190 Forest Téléphone :
+ 32.23.76.88.84 Nom :
Eva Cham Fonction
:
Présidente Organisation : Federació de Collectius d’Immigrants
de Catalunya Barcelona - Espanã Adresse :
C / Fortuny, n°39, baixos - E - 08301 Barcelona E-mail :
adamabojang@hotmail.com Nom :
Leonidas Gegios Fonction
:
Fondateur Organisation : Förderverein SESB dt.-gr. Zug, Europaschule
Berlin Berlin - Allemagne Adresse :
Jeaner Str. 12 – 10717 Berlin Téléphone :
+ 49.30.854 18 70 Nom :
Aliou Diao Fonction
:
Directeur technique Organisation : GRAMC Girona - Espagne Adresse :
Plaça Lluis Companys, n°12
- 17003 Girona E-mail :
gramc@eps.udg.es Conclusions Le groupe Notre groupe était composé par des personnes issues de l'immigration
dans les différents pays. Ils travaillent tous pour des structures
associatives, issues, elles aussi, de l'immigration. Outre les modérateurs, le groupe était composé comme suit :
Eva Cham (originaire du Sénégal, médiatrice) ; Hadiatou Diawara
(originaire de Mauritanie, médiateur) ; Leonidas Gegios (originaire
de Grèce, co-fondateur des écoles grecques bilingues en Allemagne,
médiateur) ; Omar Bergallou (originaire du Maroc, éducateur
de rue) ; Kaya Turkan (originaire de Turquie, médiatrice) ;
Aliou Diao (originaire du Sénégal, animateur). Méthodologie Nous avons abordé évidemment la médiation faite par les structures
présentes, mais aussi leurs activités en générale, puisque dans
la plupart des cas, la médiation est une des actions de leurs
associations. Ainsi, la médiation a été abordée dans son contexte
naturel, à côté par exemple des actions à caractère culturel. D'autre part, la médiation abordée n'a pas été seulement une
médiation en milieu scolaire, mais aussi en milieu médical, social,
juridique, linguistique et même policier… Nos conclusions font
dont part de toute cette discussion. Nous avons d'abord fait un tour de table pour présenter les
différents participants, de manière très générale et ensuite chacun
a expliqué en quoi consiste techniquement son travail. Ce fut
donc un partage d'expériences fort intéressant et très pratique.
Le contenu des débats a donc été conditionné par l'expérience
individuelle de chaque participant. Le débat Les associations communautaires sont surtout des lieux de rencontre
des ressortissants des pays d'origine. Même quand les activités
qu'ils organisent sont à caractère culturel, les immigrés y viennent
chercher parfois des solutions à leurs problèmes. Ces associations
sont alors des "régulateurs" de la communauté. Elles
servent aussi à résoudre des problèmes. Par exemple la recherche
d'un emploi, d'un appartement, le remplissage de formulaires,
la traduction, etc. C'est dans ces associations qu'il y a toujours quelqu'un qui
puisse aider quand il y a un problème quelconque. C'est peut-être
à ces associations qu'on vient en premier lieu. Surtout quand
ils ne savent pas qu'il y a des structures de droit commun qui
peuvent les aider ! Il est donc fréquent de trouver dans ces associations des médiateurs,
même s'ils n'ont pas ce statut dans la société. La plupart des médiateurs présents dans notre groupe de travail
ont été recrutés de cette façon là - ils étaient tous des bénévoles
au départ et se sont professionnalisés ensuite presque pour "officialiser"
la fonction qu'ils exerçaient déjà. La médiation faite par ces médiateurs est une médiation généraliste.
Elle intervient toujours entre la famille et les différents organismes,
parfois dans plusieurs au même temps, dans différents domaines :
celui de la santé, du juridique, de la justice,… et évidemment
de l'école. La médiation scolaire n'est donc qu'une des parties
de la médiation. D'ailleurs notre groupe de travail a choisi de
parler de la médiation dans un contexte très généralisé. Chaque communauté a sa spécificité. Nous avons par exemple
parlé de l'exemple des turcs en France qui ne connaissent pas
la langue du pays d'accueil; du contexte religieux des communautés
maghrébines; des spécificités culturelles de l'immigration de
l'Afrique noire,… C'est pour cette raison que la connaissance de la communauté
est extrêmement importante et que le fait que les médiateurs soient
issus de la communauté elle-même est fondamental. Tous les participants
ont été unanimes sur ce point. Les médiateurs doivent donc être choisis à l'intérieur même
des communautés, non seulement pour des questions linguistiques,
mais aussi pour des questions de compréhension des situations
(quelques exemples ont été évoqués). Cependant, il est vrai aussi
que parfois les immigrés préfèrent se confier à des personnes
extra communautaires, souvent par pudeur ou par peur que leurs
problèmes soient connus par les autres membres de leur communauté.
Dans tous les cas, il faut absolument rassurer les familles sur
ce point. Pour les médiateurs issus de la communauté, le temps de "mise
en confiance" nécessaire avant toute médiation est moins
long que pour les médiateurs "extérieurs" à la communauté.
Des exemples "d'approche" sur un groupe de jeunes de
Belgique ont été évoqués. La reconnaissance des médiateurs au sein de leurs communautés
change parfois du fait qu'ils passent d'un statut de bénévole
de l'association à un statut de professionnel. Il est clair que
le regard porté sur ces médiateurs n'est pas le même dans les
deux situations. D'autre part, très souvent, le travail des médiateurs n'est
pas reconnu par les autres intervenants actifs sur le terrain,
par exemple les travailleurs sociaux, les assistantes sociales,
les enseignants, les médecins, les policiers,… Ils difficultent
parfois le travail des médiateurs, comme s'ils étaient en concurrence
sur le marché du travail ou sur le même champ d'intervention et
il est rare qu'un partenariat soit mis en place. Très souvent, le médiateur n'est appelé que quand tous les
autres intervenants n'ont pas réussi à résoudre un problème. Et
pour certains de ces intervenants, avoir recours au travail du
médiateur n'est pas valorisant pour leur travail… Nous avons beaucoup parlé de la neutralité du médiateur. Tous
les participants sont d'accord sur l'importance de cette neutralité,
mais tous disent que dans la pratique ils ne le sont pas, parce
qu'ils reconnaissent le déséquilibre existant lors du traitement
des situations et ils ne peuvent pas rester insensibles à ces
inégalités. Nous avons discuté aussi sur le moment de l'intervention du
médiateur. Pour les uns, le médiateur a un rôle de prévention
des problèmes; pour les autres il doit intervenir uniquement pour
résoudre les situations de conflit; pour les autres encore, il
doit provoquer les conflits avant d'essayer de les résoudre. Les recommandations Nous avons
travaillé sur une série de propositions qui nous ont paru très
importantes et que nous passons à énumérer. Sur le médiateur… La fonction du médiateur doit être définie de manière claire
et une formation commune à tous les pays européens doit être mise
en place pour qu'il y ait une réelle reconnaissance du statut
du médiateur. Par exemple, actuellement, parfois, les médiateurs sont embauchés
pour faire le travail des assistantes sociales, ou les assistantes
sociales ne reconnaissent pas le rôle des médiateurs. Une clarification
est donc urgente. Sur l'école… Une formation à l'interculturel doit être inscrite dans les
cursus universitaires préparant les métiers de l'enseignement.
Cette formation ne peut plus être proposée en tant que matière
optionnelle. Elle doit faire partie de tous les curriculums des
enseignants et des autres intervenants en milieu scolaire. Aujourd'hui, nous connaissons par exemple des organismes en
France qui font de la formation complémentaire pour les enseignants
intéressés. Il faut que cette même formation devienne obligatoire
et imposée même pour les enseignants des écoles où il y a un faible
taux d'immigrés. D'autre part, des actions interculturelles (et non seulement
multiculturelles !) doivent être mises en place dans les
écoles. De cette façon, l'enrichissement personnel des enfants
sera réel, puisqu'il y aura forcement un échange. L'intégration
telle que nous la voyons, doit être le résultat d'un échange culturel
et non d'une assimilation de la culture du pays d'accueil au détriment
de la culture d'origine des parents. Sur le bilinguisme… Nous considérons que le bilinguisme est un facteur important
pour le développement personnel de l'enfant, surtout si les deux
langues (celle du pays d'accueil et celle du pays d'origine) sont
enseignées sur la même base. Parler deux langues doit être vu comme un facteur d'enrichissement
pour la société d'accueil. Elles doivent être enseignées donc
dès la maternelle. Nous avons longuement parlé de l'expérience des écoles bilingues
existantes actuellement à Berlin et une telle expérience peut
être mise en place dans d'autres pays et avec plusieurs communautés. Il s'agit d'écoles accessibles quelque soit la condition socio-économique
des familles, ouvertes aussi aux enfants des couples mixtes et
des couples othoctones. Le risque à éviter est celui de faire
des "écoles ghettos" ! Des études et des recherches scientifiques doivent être encouragées
pour analyser les expériences existantes dans les différents pays
et pour étudier la généralisation de ces écoles dans l'ensemble
de l'Union européenne. Sur les associations communautaires… Les actions culturelles des associations communautaires sont
des actions de prévention sociale. Elles ne doivent plus être
vues comme des ghettos. Au contraire, le travail de ces associations doit être encouragé.
Elles doivent avoir plus de moyens pour développer leurs activités
et les ouvrir à la société en générale. Ces associations jouent
un rôle non négligeable de médiation et cela doit être enfin reconnu. Nous ne devons pas voir la médiation uniquement en tant qu'action
individuelle. Elle doit être vue aussi en tant qu'action collective
et c'est dans ce contexte que les associations sont des lieux
d'expression culturelle qu'il faut absolument consolider. Annexes Eva Cham Originaire du Sénégal. Médiatrice. Elle a d'abord été très active en tant que bénévole, et ensuite
a été embauchée pour continuer son travail de médiation. Eva travaille
en collaboration avec la Mairie dans divers domaines d’intervention :
social, école, santé, femmes,... Hadiatou
Diawara Originaire de Mauritanie. Médiateur. Il été médiateur bénévole puis a été embauché par son association
qui a un protocole de partenariat avec la Mairie. Divers domaines d’intervention : social, école, santé,...
Travaille d'abord sur la communauté de laquelle il est issu et
ensuite, sur l'ensemble de la communauté africaine de son quartier. Des informations sur son association sont en annexe à ce rapport. Depuis 1995, l'Association Boullyenne pour le développement
et l'insertion (ABDI) travaille avec la ville d’Aubervilliers
(banlieue de Paris). Une charte a été signée entre l’association
et la ville. A Aubervilliers, il y a une forte concentration d’africains
et l'association est partenaire de plusieurs projets municipaux.
Par exemple, quand récemment la ville a organisé des ateliers
de l’intégration, l’A.B.D.I a animé deux ateliers. Le principal
problème des africains d'Aubervilliers est le logement. Hadiatou Diawara assure le travail de médiation dans le cadre
de l'association. Au départ, on cible les parents qui perdent eux mêmes leurs
repères culturels. C'est un travail qui est surtout fait tous
les samedis. En Afrique, au village, tous les adultes prennent en charge
l'éducation de l'enfant. C'est une mission de la responsabilité
de toute la famille. En Europe, c'est juste la mère. Le père est
au travail. L'association a commencé à travailler sur ces questions,
à renvoyer systématiquement les parents aux référentiels africains. L'association a travaillé essentiellement sur un quartier.
Mais, les responsables politiques de la ville ont demandé d’aller
plus loin. Il fallait donc embaucher quelqu’un. Au départ, le médiateur a fait un travail uniquement avec les
soninkés, la communauté qu'ils connaissent bien. Mais les autres
ethnies, rencontrant les mêmes difficultés, ont également fait
appel à eux. Les parents ne sont pas impliqués dans l’école. Il n'y a pas
de discussion entre parents et école. Donc le médiateur a beaucoup
de demandes au collège et lycée. Par exemple, très souvent les
enseignants se posent la question de pourquoi les enfants ne vont-ils
pas à l’école ? Et ils font appel au médiateur pour essayer
de comprendre. Un des domaines sur lequel nous travaillons c'est sur le nom. En Afrique, le nom a une signification. Or, quand nous allons
voir un enfant, nous commençons par lui parler de sa famille et
l'encourageons à parler à sa famille. Pourquoi est-il là, pourquoi
est-il venu en France, qui suis-je pour savoir où je vais, qu’ont
fait mes parents ? L’école ne peut pas répondre à ces questions.
C'est un dialogue familial que nous provoquons. "En Afrique, quand je parle avec mon père je dois baisser
la tête, ici on me dit que je dois regarder les gens quand on
me parle". C'est tous ces codes que nous devons travailler
aussi bien avec les enfants et leurs parents, qu'avec les enseignants. En Afrique, les enfants n'ont pas le droit à la parole. Ils
n'ont pas à s'exprimer devant des étrangers. Mais avec moi, les
enfants peuvent me parler, les yeux dans les yeux et c'est à moi
de leur expliquer pourquoi c'est différent pour leurs parents. Nous sommes effectivement des médiateurs entre la famille et
l'école, mais aussi entre la famille et l'enfant. En France, quand l'école organise des actions africaines, il
n’y a que les africains qui viennent. Alors on a arrêté. Nous
voulons participer à des actions multiculturelles organisées par
la ville parce qu’il y a un mélange de communautés. Il faut expliquer
aux parents pourquoi il est important de participer. Souvent les
parents africains se ferment sur eux-mêmes. Une famille ne va jamais voir une assistante sociale. Le père
pense qu’il a la charge de sa famille et qu’il ne veut pas être
humilié devant une assistante sociale. C’est le médiateur qui
doit expliquer que la situation est la même qu’au village :
là-bas, il y aurait toujours une personne pour l'aider... Il est important que le médiateur soit issu de la communauté
elle-même. Notamment pour rentrer chez les gens. Dans beaucoup
de situations, les familles africaines se renferment sur elles-mêmes.
Il faut que le médiateur établisse un climat de confiance et il
doit rassurer la famille de sa déontologie et du secret professionnel. Leonidas
Gegios Originaire de Grèce, Leonidas Gegios est le co-fondateur des
écoles grecques bilingues en Allemagne. Professionnellement il
travaille en tant que médiateur dans les écoles mais il s'investit
beaucoup dans les relations entre la communauté grecque et la
société allemande, ainsi qu'entre les parents et les élèves. Voici quelques données sur la création de l'Ecole européenne
de Berlin. En 1993 est créée l'association qui donnera naissance
à cette école. Des initiatives d'échange entre l'Allemagne et
la Grèce sont mises en place en 1995 et en 1996 naît la première
école. Une deuxième naît en 1999. Il y a actuellement 14 écoles européennes à Berlin. Toutes
ces écoles fonctionnent de la même façon bien qu’indépendantes
les unes des autres. Ces écoles fonctionnent de 8 à 16 heures (ce qui est plutôt
inhabituel en Allemagne). Elles ont entre 22 à 30 heures par semaine,
selon les âges des enfants, plus deux heures de rattrapage pour
les enfants en difficulté et plus deux heures de réligion facultatives. 72% des enfants se rendent en bus à l’école (habituellement
les enfants vont à l’école de leur quartier et s’y rendent à pied).
En moyenne il y a 16 enfants par classe à l’école maternelle,
puis 24 à l'école primaire. Pour les écoles gréco-allemandes, la composition des classes
est la suivante : 14% de parents allemands, 38% de bi-nationaux,
48% de parents grecs. Les enfants de diplomates fréquentent ces
écoles. Pour chaque classe, il y a un professeur allemand et un professeur
grec. Tous les professeurs parlent les deux langues. Ils travaillent
ensemble et se soutiennent. Le personnel de soutien est mixte. En ce qui concerne l'alphabétisation : les enfants qui
dominent mieux le grec commencent l’apprentissage en allemand
et vice-versa. La deuxième année, ils changent de langue. A la
fin de la primaire, il doit y avoir un équilibre entre les deux
langues. Il y a deux groupes pour chaque niveau, et deux cours pour
chaque groupe (un dans chaque langue). Finalement, toutes les
matières sont enseignées 50% en allemand, 50% en grec. Mais toujours
une langue à la fois sans jamais mélanger les deux. Les modérateurs
se réunissent une fois par mois pour faire le point. Les pays d’origine devraient intervenir plus, comme ils le
font dans les écoles françaises et anglaises à l'étranger. Il est important de montrer que les écoles bilingues donnent
plus de résultats que les autres écoles. Mais il manque les moyens
pour une évaluation scientifique. Il faut qu'il y ait une publicité
plus forte pour ces écoles. Il faudrait un dialogue entre les écoles internationales et
que tous les pays reconnaissent les diplômes. Un organisme qui
regroupe tous les directeurs d'écoles internationales pourrait
être un lieu de débat intéressant. Ces écoles contribuent à la construction de l’Europe, unissent
les différents pays, créent des relations entre les jeunes de
diverses nationalités. Plus tard, ces jeunes peuvent choisir où
ils veulent évoluer. Pendant ces 5 années d’existence, il n'y
a jamais eu de problèmes de racisme dans nos écoles. Notre école est gratuite. Une récente campagne publicitaire
réalisée par le Sénat de Berlin, s’est adressée à tout le monde.
Le pourcentage d’enfants de diplomates n’est que de 3 ou 4%. Un
pourcentage élevé de parents sont analphabètes. L'école joue aussi
un rôle social, parce que les parents sont au travail pendant
que leurs enfants sont à l'école. Il ne s’agit pas d’un immeuble : ce sont des cours dans
des écoles normales. Il y a beaucoup d’actions parallèles de connaissance
et de découverte culturelle. La participation des parents est
importante. Lors des activités culturelles, presque tout le monde
vient. Lors des réunions, nous constatons que les parents allemands
et les couples mixtes viennent,... les couples grecs ne viennent
pas ! Si l’école bilingue se situe dans un quartier défavorisé alors,
il y a le risque de faire une école pauvre pour pauvres. Omar Bergallou Originaire du Maroc, est né en Belgique. Travaille à mi-temps au CEFA-UO – Centre espagnol de formation
et d'action – Université ouvrière. L'autre mi-temps est éducateur
de rue. L'Université ouvrière existe depuis 25 ans. C'est une université
spéciale parce qu'elle ne délivre pas de diplômes. Le nom est
même un peu provocateur. Cette université a été fondée par Bruno Duccoli et elle a commencé
avec la communauté italienne.. C'est une université parce que
tous les thèmes y sont traités. Ouvrière dû aux origines sociales
des personnes qui la fréquentent. Tout commence par un travail de rue afin de constater les besoins.
La constatation est que les gens ont besoin d’être formés. Le
CASI-UO (Centre d’action sociale italien) a formé les gens dans
leur langue d’origine. «Les mots sont une arme, d’attaque et de
défense» ! Plus tard Javier Yeunda a créé le CEFA-UO (Centre Espagnol
Formation Action) et actuellement Omar travaille sur un projet
d'élargissement en direction de la communauté marocaine. Mon travail en tant qu'éducateur de rue consiste, dans une
phase de contact, à faire sortir les jeunes de leurs quartier
d'origine, en organisant par exemple des activités ludiques ou
des sports d'aventure. Quand ils sortent de leurs quartiers, ils
ne sont plus les caïds et perdent leur position de force. Nous créons des micros sociétés (par exemple le camping) et
nous faisons nos propres règles. Très rarement elles sont violées. Dans l'Université ouvrière l'objectif n'est pas d'être acteur,
mais d'être protagoniste. Nous travaillons sur trois ans : 1ère année Consciencialisation. Oral, pas de notes. La parole fait rentrer
les gens dans le champ du symbolique. S’il y a problème, il faut
en parler. S’ils ne parlent pas, ils n’existent pas. Tous les
thèmes de débat sont choisis par les jeunes. Par exemple l'Algérie,
Israël,… 2ème année Formation. Les jeunes choisissent les thèmes mais font venir
des intervenants extérieurs. On passe à l’écrit. Nous leur disons
que la parole s'efface vite et qu'il faut écrire pour garder des
traces. 3ème année Responsabilisation. Nous leur demandons d'être à la hauteur,
de produire. Par exemple, nous avons créé un journal : Les cahiers
de l’UO Il n’y a aucun contact avec la famille lors de la phase d’approche,
le travail de rue. Sinon, nous n'arriverions pas à établir des
liens avec les jeunes eux-mêmes. Dans les familles marocaines il n’y a pas de dialogue avec
les parents. Les jeunes ne parlent jamais avec le père, parfois
avec la mère. La deuxième année, on demande aux jeunes de remplir
un questionnaire sur leurs parents. Ils doivent leur poser des
questions. Les parents racontent leur histoire. Les jeunes font
semblant d'entretenir une conversation avec leurs parents, mais
en fait ils sont en train de remplir un questionnaire élaboré
d'avance. Quand la première question est posée, les parents ne s'arrêtent
plus. Personnellement, j'ai vécu cette phase à 28 ans. C'est à
ce moment là que j'ai compris l'histoire de mes parents. Nous n'avons jamais réussi à créer des associations de jeunes
d'origine marocaine. Les jeunes nés en Belgique ont la nationalité
belge; une «association de marocains», ce n’est pas très logique.
Nous avons donc décidé de ne pas créer une association et de rester
au CEFA où il y a de moins en moins d’espagnols ! Le CEFA dispose d’une salle de prière à Bruxelles et cela nous
intéresse. Par contre, alors que les italiens et les espagnols
restent en contact avec leur pays d’origine, les marocains coupent
souvent les relations avec le Maroc. Au CEFA, il y a beaucoup de garçons marocains. On essaie d’avoir
plus de filles et des jeunes d’autres nationalités mais c’est
très difficile. Ça peut marcher si les jeunes sont du même quartier.
Les expériences que nous avons fait avec des jeunes d'autres quartiers
n'ont pas réussi. Au CEFA, ce sont des gens issus de l'immigration qui travaillent
pour l'immigration. Quant ce sont des belges qui mettent en place
des projets, il y a toujours un doute sur leur motivation. Les marocains travaillent avec l’UO depuis 1996. Kaya Turkan Originaire de Turquie. Médiatrice scolaire à l'Association
des Travailleurs de Turquie. Au début elle était bénévole à l'association et elle vient
d'être embauché il y a quelques jours seulement. Son association travaille dans différents domaines, des activités
culturelles au travail avec les femmes, en passant par des actions
en direction des jeunes, des enfants. L'association mène des projets
de médiation scolaire depuis 4 ans avec les écoles d'un des quartiers
de Paris. La communauté turque ne parle pas français. Les parents ne
peuvent pas parler avec les professeurs, ils ne connaissent pas
le système scolaire français. Ils sont donc plus ouverts avec
nous. Nous avons fait plusieurs réunions pour expliquer, par exemple,
le fonctionnement du système scolaire français. Périodiquement
nous gardons un contact avec les parents. Nous avons contacté les écoles du quartier pour que les directeurs
nous expliquent les problèmes existants et nous avons eu les réponses
suivantes : les parents ne connaissent pas le système scolaire français fossé existant entre le monde familial et le monde de l’école les parents ne comprennent ni l’organisation ni le rôle de
l’école les parents sont mis en cause par leurs propres enfants les parents ne participent pas à l’enseignement des enfants en Turquie, les parents peuvent se rendre à l'école, à n’importe
quel moment de la journée. En France, il faut prendre rendez-vous ! les parents ne connaissent pas les codes culturels français.
Ils ont peur et il n’y a pas d’approche Nous essayons de faire de la médiation entre les parents et
l’école. Une fois par mois nous faisons une réunion avec les parents
d’élèves. Si nécessaire, nous assurons les traductions lors des
réunions avec les enseignants, etc. Aliou Diao Originaire du Sénégal. Le GRAM est le Groupe de recherche et d'activités pour les
minorités étrangères. C'est une association mixte. Ce n'est pas
une association qui regroupe seulement des étrangers. Nous avons
des noyaux locaux, mais nos activités sont décidées lors de l'Assemblée
Générale annuelle de l'association. Nous considérons que les associations ne peuvent pas faire
du multiculturel sans faire de la médiation. L'inter-relationnement
entre les personnes, les relations avec les associations, ce sont
des actes de médiation. Le GRAM travaille sur l'accueil des immigrés, dans les écoles,
services sociaux, aide à orienter les immigrés vers les différents
services qui peuvent résoudre leurs problèmes. Souvent, les immigrés
ne savent pas quels sont les services qui peuvent les aider, ils
ne connaissent pas leurs droits et donc, n'exigent rien. Nous connaissons tous le modèle jacobiniste de la France, créé
à la suite de la Révolution française avec la notion de citoyen.
Les maghrébins sont venus briser un peu ce jacobinisme français. Débats (résumé
en vrac) Il est important qu’on enseigne différentes langues à l’école,
afin que chacun puisse se constituer son identité, devienne un
citoyen avec ses spécificités. Il est important que les pays d’accueil
apprécient le fait que l’on parle plusieurs langues. Ça peut être
une richesse pour le pays. Il est important d’apprendre les deux
langues maternelles dès la petite enfance. Il est important également
que les autres enfants puissent apprendre d’autres langues. Cela
ne peut que valoriser l’enfant et le pays. Il faut être conscient des différences entre interculturalité
et multiculturalité. Nous avons une plus grande sensibilité à
l’interculturel. Il faut d'abord passer par la multiculturalité
pour arriver à l’interculturalité. Donc on risque de passer par
le ghetto avant de s’ouvrir. S’il n’y a pas d’échange avec les
autres communautés, nous pouvons travailler et échanger entre
nous. J’ai des problèmes avec la neutralité. Nous sommes toujours
en situation d’inégalité et il est difficile d’être insensible
à cette inégalité. Nous ne pouvons pas avoir une neutralité passive.
Au contraire, nous devons avoir une attitude de neutralité active :
nous sommes dans une logique de rectification d’inégalités. La médiation doit avoir une période de vie limitée ; elle
doit donner lieu, ensuite, à l’interculturel. Chacun doit être
conscient de ce qu’il peut donner, de ce qu’il possède. Parfois
ce sont des situations d’inégalité qui nous dévalorisent, nous
pensons que nous ne pouvons rien faire. Le médiateur devrait éviter les conflits et ne pas apparaître
pour résoudre des problèmes. Malheureusement ce n’est pas ce qui
se passe – nous sommes appelés pour résoudre des problèmes qui
existent déjà, alors que nous ne sommes pas appelés pour des actions
de prévention sociale… Dans notre communauté (africaine) la majorité des gens ne savent
ni lire, ni écrire. Or les enseignants s'inquiètent quand les
parents ne sont pas aux réunions de l'école. Les parents ne vont
pas aux réunions de parents d’élèves et les professeurs pensent
que c’est parce qu’ils ne s’intéressent pas à l’éducation de leurs
enfants. Mais c’est un problème de compréhension. Comment les
parents, qui ne savent ni lire ni écrire, peuvent-ils comprendre
une lettre de convocation ou sur l’absentéisme de leur enfant ? Généralement, les enfants de 12/14 ans, surtout les filles,
ont plusieurs raisons pour ne pas aller à l’école. Dans la culture
africaine, les filles se marient très jeunes et les parents leur
demandent de rester à la maison pour s’occuper de leurs frères.
Alors pourquoi perdre du temps avec l’école ? Ici nous avons
une scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans et cela choque avec les
habitudes de notre collectif. Les médiateurs doivent expliquer
le rôle de l’école. Nous utilisons comme argument le fait que les enfants vont
rester dans ce pays et que s’ils étudient, ils iront plus loin.
Certains parents mettent du temps à comprendre nos arguments mais
la majorité d’entre eux les acceptent. Il y a parfois un manque de confiance dans le médiateur. Nous ne voulons pas éviter le conflit, nous voulons le provoquer
pour qu’il y ai médiation (Omar). Parler de rencontre, de choque des cultures, mais pas de conflit! Dans le cadre de la santé, ce qui est normal pour un pays peut
ne pas l'être pour l'autre. Aller voir un médecin est banal pour
un occidental, mais c'est le dernier des recours pour un africain.
Par exemple, pour les femmes enceintes, en Afrique nous avons
une culture très fermée. Nous ne comprenons pas pourquoi avoir
à partager des choses intimes avec le médecin. Pourquoi veut-il
savoir quand nous avons eu les dernières relations sexuelles,
quand nous avons eu les dernières règles, etc. L'administration récupère parfois les personnes qui font de
la médiation scolaire en tant que bénévoles et les embauche ensuite,
profitant ainsi de leur savoir faire et des reconnaissances que
ces personnes ont au sein de la communauté. La médiation n'est pas une tâche facile. Parfois ma communauté
ne reconnaît pas mon travail du fait que je sois payée pour le
faire. Quand j'étais bénévole les personnes venaient me voir sans
aucun a priori. Maintenant que je suis payée pour faire de la
médiation, les gens me disent que je suis "une autre personne" ! Parfois nous connaissons la communauté mais nous ne connaissons
pas les institutions. Si la ville pour laquelle nous travaillons
fait notre formation, est-ce que la neutralité de la formation
est vérifiée ? Le statut du médiateur n'est pas complètement reconnu, sauf
quand il y a un problème (là on nous reconnaît). Les relations
avec les autres acteurs du terrain ne sont pas faciles, non plus.
Les autres professionnels (travailleurs sociaux, assistantes sociales,…)
ont peur de nous. Ils pensent qu'en travaillant avec nous, ils
perdent leur reconnaissance. Il est donc nécessaire de redéfinir
les tâches du médiateur. Parfois, les médiateurs sont employés par l'Assistance sociale
pour faire leur travail, alors qu'ils n'ont pas la formation pour
le faire. Mais d'autre part, ils nous considèrent toujours comme
des étrangers. Par exemple, ce n'est qu'il y a peu de temps que
nous avons reçu l'autorisation pour entrer dans les hôpitaux. Dans les différentes organisations (école, hôpital, centre
de santé,…) il devrait y avoir un médiateur permanent. Cela faciliterait
le travail des différents professionnels sans pour autant leur
enlever du travail. En fait, il faut que tous les acteurs du terrain fassent une
formation de médiation. Il ne faut pas qu'ils soient médiateurs,
mais ils peuvent faire de la médiation. Il faut que tous les professionnels de l'école suivent des
formations à l'interculturel, dans le cadre de leur propre formation.
En France, le CEFISEM le fait, mais pour le mieux il s'agit d'une
matière optionnelle. Elle devrait être obligatoire. Il ne devrait pas y avoir uniquement de la médiation individuelle,
mais aussi mesurer ce qui fait le collectif. Il faut donner des
moyens aux associations, pour qu'elles aussi fassent de la médiation.
Ce sont des lieux importants d'expression culturelle qu'il faut
consolider. Groupe de
travail Reconnaissance Forum de
Girona Les 7 et
8 septembre 2000 Groupe de
travail : Reconnaissance Modérateurs : Carole Grandjean Myriem Amrani Mission Locale de Forest /Belgique Préambule : Présenter brièvement cette notion et ses liens avec l’action
collective et la participation politique est impossible . Voici
donc seulement quelques grandes lignes, qui tracent le contour
du cadre dans lequel se situeront les discussions de l’atelier
du forum de Gerone. 1. De quoi parle t`on quand on parle de
déni de reconnaissance ? Ce concept fait référence à la théorie d’Axel Honneth sur la
reconnaissance . Ce dernier distingue en effet trois expériences de mépris,
liées à trois sources possibles de reconnaissance : celle qui
porte atteinte à l’intégrité physique et qui entraîne « honte
sociale » , perte de confiance en soi et dans le monde
. En découle un immense sentiment d’injustice et d’arbitraire
. L’impression que les institutions qui accomplissent ou laissent
faire ce type d’agissements - et sont particulièrement visés ici
les forces de l’ordre (police et gendarmerie) et le système judiciaire
et carcéral - dénient profondément et violemment.
En positif, relevons que ce sont les relations intimes, primaires
( « l’amour ») qui confortent, constituent cette forme
de reconnaissance liée à la confiance en soi.
celle qui
affecte la compréhension normative de soi : exclusion des droits,
exclusion sociale. En découle le sentiment de ne pas être reconnu
comme sujet capable de jugement moral, de là perte du respect
de soi . Les habitants étrangers ressentent au quotidien le fait de
ne pas jouir des mêmes droits que les autochtones . Ils subissent en effet des formes de mépris liées à la non
reconnaissance de certains droits : « le droit à la citoyenneté,
le droit à l’altérité , le droit à l’école, à l’emploi, au logement,
le droit à l’investissement de la commune dans les quartiers,
à l’accessibilité au marché de la consommation ( un exemple :
l’interdiction qui semble la plus fréquente, d’entrer dans les
dancings). Ces non - droits, ces formes de mépris ne sont pas
réservées aux personnes d’origine immigrée mais ils s’y cristallisent,
s’y surimposent, et s’y accroissent . » [x1][1]. celle qui
amène la société, en fonction de sa hiérarchie de valeurs, à stigmatiser les modes de vie d’individus
ou de groupes . Elle atteint alors l’estime sociale, l’estime
de soi. : c’est l’offense A cet égard, l’école semble être le lieu premier où ces marques
de déni de reconnaissance se manifestent , laissant des traces
pour longtemps.... Plus tard aussi reviennent beaucoup les « incivilités »
[2]des
forces de l’ordre . On n’est pas en effet dans les « mauvais
traitements » dont je parle précédemment, mais il s’agit
ici de toutes ces petites phrases qui blessent, humilient,
pointant des différences, rabaissant. A l’inverse, il semble qu’un regard positif extérieur vis à vis du groupe puisse contribuer
à renforcer une assurance de soi « éthique » et rendre de l’estime . 2. Le déni de reconnaissance, source de révolte ? A la base, selon Axel Honneth, il est question de dignité humaine « bafouée » ou déniée
et à protéger, à revaloriser . On est bien dans le domaine de la philosophie morale : les
motivations morales face à la violence et à l’oppression sont,
de ce point de vue, à la source des changements sociaux .
La révolte prend donc naissance selon lui dans l’expérience
du mépris social résultant des inégalités sociales. Cette expérience négative pourrait en effet donner l’impulsion
à un sentiment de révolte qui se traduirait, dans certaines conditions,
en des actions de luttes pour la reconnaissance . 3. La
« participation » ou l’implication politique , comme
moyen de gagner de la reconnaissance Il semble à cet égard que la participation politique, comme
forme d’action de lutte pour la reconnaissance, puisse effectivement
devenir source de reconnaissance pour ses acteurs dans la mesure
où : elle favorise à la fois l’expression d’une révolte - non pas
d’une révolte pulsionnelle comme dans l’émeute - mais une révolte désormais pensée, mise en
mots et entendue et, l’émergence d’un « collectif ». Le groupe - qui existe
symboliquement notamment par l’expression délibérée et verbalisée
de la révolte - donne en effet une identité valorisée : Þ entre pairs, par le partage d’une série d’idéaux, de luttes
communes : la parole
sur ces valeurs fait sens ; Þ au travers des rapports de forces qui s’exercent : on se
met aussi à exister aux yeux d’institutions,
de la « société » ; dans le conflit il y
a bien à cet égard une estime retrouvée ; il y a par là comme
une revanche ! Þ et devenant ces « porteurs de parole », on est investi
des attentes de la communauté, fière d’avoir ainsi des représentants
capables de dialoguer avec les institutions pour les défendre. Et l’on se sent « utile » . 4. L’importance
des dimensions communautaire et culturelle dans les luttes pour
la reconnaissance Indépendamment de ses acquis pour la communauté, ce qui me
paraît essentiel est que l’action collective rassemble, solidarise
des « semblables » : des
« de la même origine », des « du même quartier »,
des « qui partagent une série de valeurs communes ».... La lutte collective, comme modalité d’implication politique
se fait alors en cela aussi source de reconnaissance . « L’appartenance
à un groupe permet de se défendre contre un « regard
social » méprisant ou stigmatisant.
Le groupe peut produire des contre modèles et refuser les
normes sociales dominantes invalidantes . Il évite donc le processus
d’intériorisation de la honte sociale en opposant au mépris vis
à vis des dominés, une revalorisation positive du groupe »[3] . On le sait, l’éclatement de la classe ouvrière remet en cause
la conscience de classe qui s’était nourrie de l’identité du monde
ouvrier ; mais d’autres formes d’identités me semblent aujourd’hui
aussi prendre place dans les luttes contre les injustices. Je
pense particulièrement aux identités culturelles qui se mettent
à rassembler des individus sur base communautaire
. Bien sûr les problèmes qui se posent « dans les quartiers »
sont liés à la situation socio-économique actuelle et
pas à l’origine ethnique de leurs habitants ; mais à
côté de ces problèmes sociaux qui les touchent particulièrement,
les étrangers continuent à subir d’autres formes de stigmatisation
à la fois légales (« minimex »,
double peine, impossibilité d’accéder à un emploi public...) et
en termes d’attitudes xénophobes . Les composantes sociales et culturelles du déni s’additionnent
donc tout comme se métissent les identités sociales et culturelles.
Mais l’appartenance désormais mise en avant n’est plus ( ou
plus uniquement) une appartenance
de classe . C’est l’identité culturelle qui réunit, générant la mobilisation. Il me semble en effet que le levier premier des luttes est
le refus de la discrimination
( sociale et culturelle) de
sa communauté. Et, pour paraphraser un peu François Dubet [4],
la conscience d’appartenir
à un groupe construit l’image d’un conflit, elle canalise les
sentiments d’injustice et de révolte, elle leur donne un sens,
elle transforme la frustration en affirmation positive de la dignité . Et la culture
sous cet angle, constitue bien une façon essentielle de révéler
et de jouer de nouveaux rapports de forces !
Vous trouverez dans ce texte un compte rendu des discussions,
l'analyse de celles-ci et en filigrane des recommandations (issues
de l'expertise de terrain) afin de développer au mieux des stratégies
d'actions en matières socio-éducatives. En effet, le groupe était
essentiellement composé d'intervenants sociaux (médiatrice, formatrices
et enseignant). C'était donc au regard de leur pratique de terrain
que nous avons abordé la question de la reconnaissance et confronté
l'hypothèse du groupe Dialogue 3 à savoir que le "renforcement
de la reconnaissance, par le biais des stratégies
de médiation, aboutit à une augmentation de la participation. En France comme en Belgique, les relations entre corps enseignant
et familles étrangères ou d'origine étrangère sont loin d'être
harmonieuses. On assiste à un conflit entre valeurs familiales
et scolaires. En effet, le discours de l’institution scolaire
va forger la conviction de l’échec familial en plus de l’échec de
l’enfant : "quand le
père ou la mère vient à l’école, on lui reproche de ne pas avoir
« dompté la fauve »", mais également discréditer
le rôle des parents « on
ne voit pas les parents dans l’école, ils ne soutiennent pas leurs
enfants. ». On entre, donc, en conflit. Il s'agit, dès lors, de développer des stratégies pour d'une
part, déconstruire les représentations, les fantasmes des enseignants à l'égard des parents et enfants étrangers
ou d'origine étrangère et d'autre
part, promouvoir des actions permettant aux
familles issues des minorités de mieux comprendre le système de
valeurs et les rouages de la vie sociale, politique et économique
de la société d'accueil afin de mieux y participer. C'est ainsi, qu'à Bruxelles, un collectif d'alphabétisation
propose des cours de français à des mamans sur base d'écrits scolaires.
L'objectif étant de leur permettre
de disposer des codes
scolaires pour dans un premier temps augmenter leur confiance
en elles et à terme favoriser leur implication dans la vie scolaire.
Les formatrices insistent sur la relation de confiance qui existait
entre elles et les mamans et la nécessité de les reconnaître
en tant que mères sensibles à la réussite scolaire de leurs enfants. Soulignons que parents et enseignants ont une préoccupation commune
: la réussite scolaire des enfants. Aussi, travaillons ensemble
à partir de ce qui nous rapproche (l'universel) pour transcender
les différences qui nous séparent. En d'autres termes, voir tout
ce qui nous rapproche plutôt que de s'attarder sur les différences. Par ailleurs, il semble primordial de former, des médiateurs issus de la société des migrants, capables
d’interpréter la culture en empathie avec la famille et qui ont
un statut reconnu par la société d’accueil. Ceux-ci doivent impérativement
intervenir indépendamment des parties en présence,
l'idée étant de sortir les acteurs de leur rôle respectif et les
amener à prendre distance (décentration) et entendre les points
de vue de l'autre partie, pour mieux se comprendre et résoudre
la situation conflictuelle. Saadia Aballouche, médiatrice interculturelle
à Barcelone a, par exemple, contribué à la création d'une association
de médiateurs interculturels afin de bénéficier d'une autonomie
d'intervention. Ces différentes actions doivent se faire avec (et non pour) les personnes (à petite
échelle) et doivent s'inscrire dans un processus (dans le temps)
ce qui signifie qu'il faut pouvoir y consacrer du temps et dégager
un espace de dialogues et d'échanges. De quelle reconnaissance parle-t-on ? Les migrants ont, en effet, besoin de la reconnaissance des
institutions du pays d'accueil comme l'administration communale,
l'école, la police et de se sentir respectés dans ces différents
espaces. Néanmoins, gardons à l'esprit que le retour au pays est possible et il faut respecter ce projet. Il est
dangereux de ne prendre qu'une seule perspective, celle du pays
d'accueil, qui ne voit que ceux qui restent. Ce qui intéresse
aussi le migrant, c'est la reconnaissance de son groupe
d'appartenance qui ,lui, peut voir son évolution parce qu'il
l'a vu partir. D'autres vivent un peu ici (parce que les enfants sont ici).,
un peu là-bas (parce que les racines sont là-bas). C'est le principe
du pendule Là-bas, on est reconnu par le groupe parce qu'on est
devenu riche (cf. voiture, maison, or…), les femmes ont acquis
un statut digne, elles ne travaillent plus la terre. Composition
du groupe : Nom : Carole
Grandjean Fonction : Directrice
- Adjointe Organisation : Mission
Locale de Forest a.s.b.l Adresse : 29,
blvd de la Deuxième armée britannique- 1190 Bruxelles Téléphone : +32.2.349.82.22 Fax :
+32.2.349.82.29 E-mail :
missionlocale.forest@freebel.net Nom : Myriem
Amrani Fonction : Responsable de projet Organisation : Mission
Locale de Forest a.s.b.l Adresse : 29,blvd
de la Deuxième armée britannique- 1190 Bruxelles Téléphone : +32.2.349.82.20 Fax :
+32.2.349.82.29 E-mail :
missionlocale.forest@freebel.net Nom : Saadia
Aballouche Fonction : Médiatrice
interculturelle Organisation : Associacio
Alcantara de Mediadors i Mediadores Interculturals de Catalunya Adresse : Téléphone : Fax : E-mail : Nom :
Helder Alvar Fonction : Chercheur
en Sciences de l'Education Organisation : Centre
de recherche sur l'Imaginaire Social en Education, Université Paris XIII Adresse : 1bis,
rue de la Résistance - 60100 Creil Téléphone : +33.3.44.28.03.34 E-mail :
helder.alvar@fnac.net Nom : Marie
Kôhler Fonction : Formatrice Organisation : Collectif
d'alphabétisation de Forest Adresse : 27,
blvd de la Deuxième armée britannique- 1190 Bruxelles Téléphone : +32.2.349.82.30 Nom : Béatrice
Bataille Fonction : formatrice Organisation : Collectif
d'alphabétisation de Forest Adresse : 27,
blvd de la Deuxième armée britannique - 1190 Bruxelles Téléphone : +32.2.349.82.30 |