Bundesarbeitsgemeinschaft
der Immigrantenverbände
in Deutschland e.V.

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Participation, Mediation, Reconnaissance


Forum de Girona

Les 7 et 8 septembre 2000

Groupe de travail : Reconnaissance

 

Modérateurs :

Carole Grandjean

Myriem Amrani

Mission Locale de Forest /Belgique

 

Préambule :

 

Présenter brièvement cette notion et ses liens avec l’action collective et la participation politique est impossible . Voici donc seulement quelques grandes lignes, qui tracent le contour du cadre dans lequel se situeront les discussions de l’atelier du forum de Gerone.

 

1. De quoi parle t`on quand on parle de déni de reconnaissance ?

Ce concept fait référence à la théorie d’Axel Honneth sur la reconnaissance .

Ce dernier distingue en effet trois expériences de mépris, liées à trois sources possibles de reconnaissance :

 

celle qui porte atteinte à l’intégrité physique et qui entraîne « honte sociale » , perte de confiance en soi et dans le monde .

En découle un immense sentiment d’injustice et d’arbitraire . L’impression que les institutions qui accomplissent ou laissent faire ce type d’agissements - et sont particulièrement visés ici les forces de l’ordre (police et gendarmerie) et le système judiciaire et carcéral - dénient profondément et violemment.

En positif, relevons que ce sont les relations intimes, primaires ( « l’amour ») qui confortent, constituent cette forme de reconnaissance liée à la confiance en soi.

 

celle qui affecte la compréhension normative de soi : exclusion des droits, exclusion sociale. En découle le sentiment de ne pas être reconnu comme sujet capable de jugement moral, de là perte du respect de soi .

Les habitants étrangers ressentent au quotidien le fait de ne pas jouir des mêmes droits que les autochtones .

Ils subissent en effet des formes de mépris liées à la non reconnaissance de certains droits : « le droit à la citoyenneté, le droit à l’altérité , le droit à l’école, à l’emploi, au logement, le droit à l’investissement de la commune dans les quartiers, à l’accessibilité au marché de la consommation ( un exemple : l’interdiction qui semble la plus fréquente, d’entrer dans les dancings). Ces non - droits, ces formes de mépris ne sont pas réservées aux personnes d’origine immigrée mais ils s’y cristallisent, s’y surimposent, et s’y accroissent . » [x1] [1].

 

celle qui amène la société, en fonction de sa hiérarchie de valeurs, à stigmatiser les modes de vie d’individus ou de groupes . Elle atteint alors l’estime sociale, l’estime de soi. : c’est l’offense

A cet égard, l’école semble être le lieu premier où ces marques de déni de reconnaissance se manifestent , laissant des traces pour longtemps.... Plus tard aussi reviennent beaucoup les « incivilités »  [2]des forces de l’ordre . On n’est pas en effet dans les « mauvais traitements » dont je parle précédemment, mais il s’agit ici de toutes ces petites phrases qui blessent, humilient, pointant des différences, rabaissant.

A l’inverse, il semble qu’un regard positif extérieur vis à vis du groupe puisse contribuer à renforcer une assurance de soi « éthique » et rendre de l’estime .

 

2. Le déni de reconnaissance, source de révolte ?

A la base, selon Axel Honneth, il est question de dignité humaine « bafouée » ou déniée et à protéger, à revaloriser .

On est bien dans le domaine de la philosophie morale : les motivations morales face à la violence et à l’oppression sont, de ce point de vue, à la source des changements sociaux . La révolte prend donc naissance selon lui dans l’expérience du mépris social résultant des inégalités sociales.

Cette expérience négative pourrait en effet donner l’impulsion à un sentiment de révolte qui se traduirait, dans certaines conditions, en des actions de luttes pour la reconnaissance .

 

 

3. La « participation » ou l’implication politique , comme moyen de gagner de la reconnaissance

Il semble à cet égard que la participation politique, comme forme d’action de lutte pour la reconnaissance, puisse effectivement devenir source de reconnaissance pour ses acteurs dans la mesure où  :

elle favorise à la fois l’expression d’une révolte - non pas d’une révolte pulsionnelle comme dans l’émeute - mais une révolte désormais pensée, mise en mots et entendue

et,

l’émergence d’un « collectif ».

 

Le groupe - qui existe symboliquement notamment par l’expression délibérée et verbalisée de la révolte - donne en effet une identité valorisée :

Þ entre pairs, par le partage d’une série d’idéaux, de luttes communes : la parole sur ces valeurs fait sens ;

Þ au travers des rapports de forces qui s’exercent : on se met aussi à exister aux yeux d’institutions, de la « société » ; dans le conflit il y a bien à cet égard une estime retrouvée ; il y a par là comme une revanche !

Þ et devenant ces « porteurs de parole », on est investi des attentes de la communauté, fière d’avoir ainsi des représentants capables de dialoguer avec les institutions pour les défendre. Et l’on se sent « utile » .

 

 

4. L’importance des dimensions communautaire et culturelle dans les luttes pour la reconnaissance

 

Indépendamment de ses acquis pour la communauté, ce qui me paraît essentiel est que l’action collective rassemble, solidarise des « semblables » : des « de la même origine », des « du même quartier », des « qui partagent une série de valeurs communes »....

La lutte collective, comme modalité d’implication politique se fait alors en cela aussi source de reconnaissance .

 

« L’appartenance à un groupe permet de se défendre contre un « regard social » méprisant ou stigmatisant. Le groupe peut produire des contre modèles et refuser les normes sociales dominantes invalidantes . Il évite donc le processus d’intériorisation de la honte sociale en opposant au mépris vis à vis des dominés, une revalorisation positive du groupe »[3] .

 

On le sait, l’éclatement de la classe ouvrière remet en cause la conscience de classe qui s’était nourrie de l’identité du monde ouvrier ; mais d’autres formes d’identités me semblent aujourd’hui aussi prendre place dans les luttes contre les injustices. Je pense particulièrement aux identités culturelles qui se mettent à rassembler des individus sur base communautaire .

 

Bien sûr les problèmes qui se posent «  dans les quartiers » sont liés à la situation socio-économique actuelle et pas à l’origine ethnique de leurs habitants ; mais à côté de ces problèmes sociaux qui les touchent particulièrement, les étrangers continuent à subir d’autres formes de stigmatisation à la fois légales (« minimex », double peine, impossibilité d’accéder à un emploi public...) et en termes d’attitudes xénophobes .

 

Les composantes sociales et culturelles du déni s’additionnent donc tout comme se métissent les identités sociales et culturelles.

 

Mais l’appartenance désormais mise en avant n’est plus ( ou plus uniquement) une appartenance de classe . C’est l’identité culturelle qui réunit, générant la mobilisation.

Il me semble en effet que le levier premier des luttes est le refus de la discrimination ( sociale et culturelle) de sa communauté.

 

Et, pour paraphraser un peu François Dubet [4], la conscience d’appartenir à un groupe construit l’image d’un conflit, elle canalise les sentiments d’injustice et de révolte, elle leur donne un sens, elle transforme la frustration en affirmation positive de la dignité  .

 

Et la culture sous cet angle, constitue bien une façon essentielle de révéler et de jouer de nouveaux rapports de forces !

Vous trouverez dans ce texte un compte rendu des discussions, l'analyse de celles-ci et en filigrane des recommandations (issues de l'expertise de terrain) afin de développer au mieux des stratégies d'actions en matières socio-éducatives. En effet, le groupe était essentiellement composé d'intervenants sociaux (médiatrice, formatrices et enseignant). C'était donc au regard de leur pratique de terrain que nous avons abordé la question de la reconnaissance et confronté l'hypothèse du groupe Dialogue 3 à savoir que le "renforcement de la reconnaissance, par le biais des stratégies de médiation, aboutit à une augmentation de la participation.

 

En France comme en Belgique, les relations entre corps enseignant et familles étrangères ou d'origine étrangère sont loin d'être harmonieuses. On assiste à un conflit entre valeurs familiales et scolaires. En effet, le discours de l’institution scolaire va forger la conviction de l’échec familial en plus de l’échec de l’enfant : "quand le père ou la mère vient à l’école, on lui reproche de ne pas avoir « dompté la fauve »", mais également discréditer le rôle des parents « on ne voit pas les parents dans l’école, ils ne soutiennent pas leurs enfants. ». On entre, donc, en conflit.

 

Il s'agit, dès lors, de développer des stratégies pour d'une part, déconstruire les représentations, les fantasmes des enseignants à l'égard des parents et enfants étrangers ou d'origine étrangère et d'autre part, promouvoir des actions permettant aux familles issues des minorités de mieux comprendre le système de valeurs et les rouages de la vie sociale, politique et économique de la société d'accueil afin de mieux y participer.

 

C'est ainsi, qu'à Bruxelles, un collectif d'alphabétisation propose des cours de français à des mamans sur base d'écrits scolaires. L'objectif étant de leur permettre de disposer des codes scolaires pour dans un premier temps augmenter leur confiance en elles et à terme favoriser leur implication dans la vie scolaire. Les formatrices insistent sur la relation de confiance qui existait entre elles et les mamans et la nécessité de les reconnaître en tant que mères sensibles à la réussite scolaire de leurs enfants.

Soulignons que parents et enseignants ont une préoccupation commune : la réussite scolaire des enfants. Aussi, travaillons ensemble à partir de ce qui nous rapproche (l'universel) pour transcender les différences qui nous séparent. En d'autres termes, voir tout ce qui nous rapproche plutôt que de s'attarder sur les différences.

 

Par ailleurs, il semble primordial de former, des médiateurs issus de la société des migrants, capables d’interpréter la culture en empathie avec la famille et qui ont un statut reconnu par la société d’accueil. Ceux-ci doivent impérativement intervenir indépendamment des parties en présence, l'idée étant de sortir les acteurs de leur rôle respectif et les amener à prendre distance (décentration) et entendre les points de vue de l'autre partie, pour mieux se comprendre et résoudre la situation conflictuelle. Saadia Aballouche, médiatrice interculturelle à Barcelone a, par exemple, contribué à la création d'une association de médiateurs interculturels afin de bénéficier d'une autonomie d'intervention.

 

Ces différentes actions doivent se faire avec (et non pour) les personnes (à petite échelle) et doivent s'inscrire dans un processus (dans le temps) ce qui signifie qu'il faut pouvoir y consacrer du temps et dégager un espace de dialogues et d'échanges.

 

De quelle reconnaissance parle-t-on ?

Les migrants ont, en effet, besoin de la reconnaissance des institutions du pays d'accueil comme l'administration communale, l'école, la police et de se sentir respectés dans ces différents espaces.

Néanmoins, gardons à l'esprit que le retour au pays est possible et il faut respecter ce projet. Il est dangereux de ne prendre qu'une seule perspective, celle du pays d'accueil, qui ne voit que ceux qui restent. Ce qui intéresse aussi le migrant, c'est la reconnaissance de son groupe d'appartenance qui ,lui, peut voir son évolution parce qu'il l'a vu partir.

 

D'autres vivent un peu ici (parce que les enfants sont ici)., un peu là-bas (parce que les racines sont là-bas). C'est le principe du pendule Là-bas, on est reconnu par le groupe parce qu'on est devenu riche (cf. voiture, maison, or…), les femmes ont acquis un statut digne, elles ne travaillent plus la terre.

 

Composition du groupe :

 

Nom : Carole Grandjean

Fonction : Directrice - Adjointe

Organisation : Mission Locale de Forest a.s.b.l

Adresse : 29, blvd de la Deuxième armée britannique- 1190 Bruxelles

Téléphone : +32.2.349.82.22

Fax : +32.2.349.82.29

E-mail : missionlocale.forest@freebel.net

 

 

Nom : Myriem Amrani

Fonction : Responsable de projet

Organisation : Mission Locale de Forest a.s.b.l

Adresse : 29,blvd de la Deuxième armée britannique- 1190 Bruxelles

Téléphone : +32.2.349.82.20

Fax : +32.2.349.82.29

E-mail : missionlocale.forest@freebel.net

 

Nom : Saadia Aballouche

Fonction : Médiatrice interculturelle

Organisation : Associacio Alcantara de Mediadors i Mediadores Interculturals de

Catalunya

Adresse :

Téléphone :

Fax :

E-mail :

 

 

Nom : Helder Alvar

Fonction : Chercheur en Sciences de l'Education

Organisation : Centre de recherche sur l'Imaginaire Social en Education,

Université Paris XIII

Adresse : 1bis, rue de la Résistance - 60100 Creil

Téléphone : +33.3.44.28.03.34

E-mail : helder.alvar@fnac.net

 

 

Nom : Marie Kôhler

Fonction : Formatrice

Organisation : Collectif d'alphabétisation de Forest

Adresse : 27, blvd de la Deuxième armée britannique- 1190 Bruxelles

Téléphone : +32.2.349.82.30

 

Nom : Béatrice Bataille

Fonction : formatrice

Organisation : Collectif d'alphabétisation de Forest

Adresse : 27, blvd de la Deuxième armée britannique - 1190 Bruxelles

Téléphone : +32.2.349.82.30

 

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